Brest faculté Victor-Segalen du 15 septembre au 8 octobre 2015

Créée en 2007, l’association Travesías développe des projets au confluent des arts plastiques et de l’écriture. À partir de la Bretagne, elle organise des résidences d’artistes et d’écrivains dans différentes régions du monde. Les premiers échanges ont été initiés avec l’Argentine, où une grande partie de ses habitants est d’origine européenne.

La présentation au Bon Accueil, à Rennes, des archives de Tucuman Arde – mouvement d’avant-garde argentin des années 1960 auquel León Ferrari a participé – a apporté un éclairage sur le rôle des artistes de cette époque. Leur engagement social et politique rejoignait l’aspect expérimental de leur langage artistique.


León Ferrari s’exile au Brésil durant la dictature de 1976 à 1983, quand il apprend que son fils Ariel compte parmi les 30 000 personnes disparues et assassinées Il se met alors à découper des articles de journaux venant de son pays. Dans le même temps, il réalise une œuvre graphique : des héliogravures, auxquelles il ajoute des images standards, des Letraset, habituellement associées aux plans d’architectes. Il compose ainsi des espaces inhabitables où les règles de l’urbanisme sont disloquées et où toute convivialité devient impossible. Cela symbolise à la fois le chaos et l’ordre : nœuds d’autoroutes inextricables, ronds-points sans issue ; structures où les places des automobiles et des piétons sont inversées, espaces de vie concentrationnaires.


Dès la prise du pouvoir par Videla, les informations sur les exactions de la junte militaire sont passées à travers le tamis de la censure ou bien elles sont volontairement insérées dans les journaux afin d’entretenir un climat de terreur. Dans les années qui suivent la chute des généraux criminels, la phrase « Nosotros no sabíamos » (Nous ne savions pas) est couramment entendue parmi la population. Pourtant, par le collectage et l’archivage de coupures de presse, l’artiste met en évidence une réalité que tout le monde pouvait percevoir.


Dans les séries « L’Osservatore romano » et « Nunca más », Ferrari montre les similitudes entre les représentations iconographiques de l’enfer au fil des siècles et les pratiques contemporaines de la torture. Dès 1965, avec La Civilisation occidentale et chrétienne, collage d’un Christ sur un bombardier américain, il dénonce la guerre du Vietnam. Il questionnera sans cesse les rapports étroits que le pouvoir politique entretient avec le clergé. L’ensemble de son œuvre contient des éléments subversifs qui ont suscité des protestations de la part des mouvements catholiques conservateurs. Ceux-ci ont notamment fait pression pour obtenir la fermeture des salles d’exposition comme celle de la rétrospective de La Recoleta à Buenos Aires, évoquée ici en vidéo.
Par le biais de cette exposition à la Faculté Victor-Segalen de Brest, nous souhaitons offrir au public de la région une réflexion sur l’art argentin, en focalisant sur l’un de ses artistes les plus emblématiques. Nous espérons que le travail et le combat de León Ferrari, décédé en 2013, puissent toucher en particulier les nouvelles générations.


Chantal Bideau, Commissaire de l’exposition

Exposition en partenariat avec la faculté des lettres Victor-Segalen dans le cadre des 20 ans de la faculté, le service culturel de l’université de Brest UBO

Remerciements à Paloma Moin de l’Ecole des Beaux- arts de Rennes et aux étudiants du Master management des projets internationaux, UBO.

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