Envol de poèmes 2012

L’envol de poèmes chiliens s’est déroulé durant le mois de mars sur différents sites et avec divers publics : à la place de la Maire de Rennes, à l’Université Rennes 2, au Lycée Ste Geneviève, à l’aéroport de Rennes St Jacques, à Camaret-sur-mer avec des enfants de l’école primaire, et enfin à Brest sur le parvis de la faculté Victor Ségalen. Le poète Galo Ghigliotto, accueilli en résidence par travesías, a présenté Valdivia, ville de naissance du poète et titre du recueil traduit et édité par l’atelier du Tilde à Lyon.

RENNES, ENVOL DE POEMES

journal du 14 mars 2012, Place de la mairie

12h La table est installée, il fait un soleil magnifique, nous n’avons cependant pas prévu les poids pour maintenir les feuilles volantes qui commencent à s’envoler à la première risée. On y remédie en posant les bouteilles thermos sur les paquets de papiers rouges. Les premiers avions s’envolent et une maman s’arrête avec 2 petits,  trop petits pour jeter les avions mais la maman aime la poésie et sa fille ainée apprend l’espagnol, elle repart avec 2 poèmes. Pour attirer les badauds, nous faisons voler tous les modèles d’avions qui égaient le sol gris des pavés de la place de petites tâches rouges. Nous n’attendons pas longtemps, une voiture de police arrive en écrasant les avions.
Elle se gare près de notre table et 3 policiers en descendent :

– nous voulons vérifier vos papiers,

– mais nous avons demandé l’autorisation à la mairie !

– nous devons vérifier ce qui est écrit sur vos papiers et ils ne doivent pas tomber sur le sol,

– ce sont des poèmes, vous pouvez voir, Pablo Neruda, Gabriela Mistral…

Je lui donne un poème.

– Pablo Neruda, je ne connais pas.

– je vous assure c’est quelqu’un de très connu, il a eu un prix Nobel de littérature,

– selon la loi vous deviez écrire sur vos flyers une mention « ne pas jeter sur la voie publique »,

– mais ce n’est pas possible, nous participons à un évènement le Printemps des poètes et notre action est justement de lancer des avions, nous les ramasserons tous à la fin de la performance,

– bon, on a compris ce qu’il en était, ne laissez pas les papiers se disperser.

Les policiers repartent avec 2 poèmes que nous avons choisis parmi les plus connus.

13h30 Fatima arrive avec son mégaphone, nous commençons à lire les textes en espagnol et français à tour de rôle.

Les gens s’arrêtent mais beaucoup passent vite, ramassent furtivement un avion tombé au sol et repartent en le lisant.

14h Un jeune type avec une petite carriole jaune et un gilet fluo commence avec une pince au bout d’un long manche à ramasser les poèmes qui se trouvent sur le sol.

– s’il vous plaît ne ramassez pas les poèmes, nous participons à une action pour le Printemps des poètes, ce sont des poèmes imprimés sur des avions que nous ramasserons à la fin de la performance,

– désolé, je ne fais que mon travail

– voulez vous que je vous lise un poème ? un de ceux qui se trouvent sur les avions ?

Je lui lis un poème les villes de Vicente Huidobro

Dans les villes

On parle

On parle

Mais on ne dit rien

La terre nue roule encore

Et même les pierres crient

Soldats vêtus de nuages bleus

Le ciel vieilli entre les mains

Et la chanson dans la tranchée

Les trains s’en vont sur des cordes parallèles

On pleure dans toutes les gares

Le premier tué a été un poète

On a vu un oiseau s’échapper de sa blessure

L’aéroplane blanc de neige

Gronde parmi les colombes du soir

Un jour

il s’était égaré dans la fumée des cigares

Nuées des usines                              Nuées du ciel

C’est un trompe-I’oeil

Les blessures des aviateurs saignent dans toutes les étoiles

Un cri d’angoisse

S’est noyé dans les brouillards

Et un enfant à genoux

Lève les mains

TOUTES LES MERES DU MONDE PLEURENT (…)

– moi aussi je connais des poèmes mais en russe me dit-il.

Il me récite alors un poème, je n’ai pas compris le nom de l’auteur mais nous échangeons sur la richesse de la poésie russe,  je cite ceux que je connais, Pouchkine, Marina Tsvetaieva, Ana Akhmatova…

Il sourit, ne veut pas que je l’enregistre et repart très vite.

Je me dis que nous vivons dans un bien joli monde où les balayeurs des rues peuvent réciter des poèmes !

14h30 Il fait très chaud, sans doute 20 ° ! Les filles enlèvent leurs pulls,

les enfants mangent des glaces qui fondent à toute vitesse sur les langues et sur les doigts. Un grand père nous rejoint en mangeant également une glace ;

– quand j’étais au collège j’étais un champion pour l’envol d’avions !
Il commence à en plier quelques uns, les regarde voler…

– c’est beau, dit-il, on devrait rester toujours enfant !

 

C.B.

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